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Qui achète le plus vert ?

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Développement durable

Afin d’encourager l’achat éco-responsable, la Commission a lancé une grande étude pour mesurer l’implication des Etats et identifier des pistes de réflexion et des pratiques innovantes.

Une vaste étude a été lancée par la Commission, dont les résultats intermédiaires sont aujourd’hui disponibles. L’objet de cette étude est de mesurer l’implication réelle des 25 Etats-membres de l’Union européenne dans les achats verts afin de mettre en exergue les meilleurs pratiques et de définir des pistes d’action pour les autres Etats.

COMMENT MESURER L’IMPLICATION DANS L’ACHAT VERT : DEUX OUTILS

Afin de mieux évaluer la réalité de l’achat vert en Europe, deux outils ont été mis en place : l’analyse de dossiers de consultations (DCE) et un questionnaire.
L’analyse des annonces et des DCE est l’outil le plus objectif et il permet de comparer les résultats entre Etats. Plus d’un millier de marchés ont ainsi été passés au crible pour répondre aux questions suivantes : y a-t-il des références à des critères écologiques ? Si oui, lesquels ? Combien de critères d’attribution verts sont mis en place pour évaluer la performance écologique de la prestation ou du produit ? Si l’analyse des DCE permet de dresser un tableau de la prise en compte de critères écologiques, rien en revanche ne permet de vérifier que les achats effectués sont les plus « verts ».
Deuxième outil, complémentaire du premier : un questionnaire. Le principal avantage de cet outil est qu’il permet de connaître la nature et le nombre d’achats effectivement écologiques. Les questions visaient à connaître les produits et services achetés et les critères utilisés, ainsi que leur fréquence ; à identifier les meilleures pratiques à l’aide d’études de cas ; à mieux connaître les acheteurs, leur niveau d’implication et leur formation en matière d’achats éco-responsables. Avec cet outil aussi, des biais ont été identifiés : les réponses sont parfois politiquement correctes et ne correspondent pas tout à fait à la réalité. En outre, les personnes qui ont répondu à ce questionnaire (environ 860) sont souvent plus sensibilisés à ces problématiques que la moyenne des agents, leurs réponses ne sont donc pas toujours représentatives. Le taux de réponse aux questionnaire a été relativement faible : inférieur à 10% en Europe du Sud, France et Grande-Bretagne, supérieur à 20% en Europe du nord et entre 10 et 20% dans le reste de l’Union européenne.

 

LES RÉSULTATS DE L’ENQUÊTE : QUELS SONT LES OBSTACLES ET GRANDES TENDANCES

Les répondants ont été invités à sélectionner dans une liste de 10 obstacles ceux qui leur paraissaient les plus déterminants. Voici les cinq réponses les plus souvent citées (par ordre décroissant) : crainte d’un prix beaucoup plus élevé (44%), manque de connaissances sur les possibilités d’achats environnementaux (35%), manque de soutien de la part des dirigeants (en temps et argent) (33%), manque d’outils pratiques (25%), manque de formation des agents (25%).
Il apparaît que, dans la majorité des cas, l’achat « vert » est beaucoup plus répandu dans les structures dont les achats sont centralisés que dans celles où il est atomisé.
Où les acheteurs trouvent-ils des informations ? Sur Internet pour 17% d’entre eux, dans les ressources internes de la structure (12%) ou encore dans les guides nationaux (11%).

LES ETATS LES PLUS EN AVANCE : LE GROUPE DES « GREEN 7 »

Autriche, Danemark, Finlande, Allemagne, Pays-Bas, Suède et Royaume-Uni sont les sept pays qui se sont nettement détachés lors des enquêtes. Ils se caractérisent par des traits communs : engagement politique fort au niveau national depuis plusieurs années, outils d’achat innovants, etc. Les pratiques de ces pays sont présentées et gagneraient à servir de modèles aux Etats les moins avancés dont la France semble faire partie.

LES TECHNIQUES D’ACHAT AU CŒUR DU PROCESSUS

Les techniques d’achat sont également déterminantes pour l’implication dans une démarche d’achat éco-responsable. C’est là que le groupe des 7 Etats les plus avancés se détache nettement. Trois aspects ressortent plus particulièrement. Tout d’abord, avoir une approche du produit sur son cycle de vie : dans près de 60% des cas dans le groupe des 7 et moins de 40% des cas dans les 18 autres Etats. Cela implique de connaître sa consommation d’énergie, le coût de sa maintenance et de son élimination. Deuxième aspect : les exigences fonctionnelles. Par exemple, demander un certain nombre de copies par jour plutôt qu’une photocopieuse. Il est possible de demander des produits ou services respectueux de l’environnement, en laissant une marge d’appréciation aux candidats et donc d’aboutir à des solutions innovantes auxquelles l’acheteur n’aurait pas nécessairement pensé. Dernière piste : celle d’inviter les candidats à proposer une variante avec des aspects environnementaux plus avancés, parallèlement à une offre répondant à des critères environnementaux modérés.
Suite du panorama des mesures : les systèmes de gestion environnementaux. Ces systèmes sont mis en place chez environ 1/5è des répondants (un tiers dans le groupe des 7) : un système propre dans 37% des cas et une norme ISO 14001 dans 29% des cas.

LES SECTEURS LES PLUS PROPICES À L’ACHAT VERT

Tous les achats ne sont pas adaptés à la mise en œuvre de considérations environnementales. Certains secteurs, au contraire, laissent une marge de manœuvre plus importante. Les répondants ont ainsi indiqué les secteurs dans lesquels ils recouraient « presque toujours ou souvent » à des critères environnementaux et quels ils étaient. Le papier : 36%, recyclé ; le nettoyage : 32%, produits toxiques et méthodes de travail ; le matériel informatique : 30%, consommation électrique et recyclage en fin de vie…
Les achats impliquant de nouvelles technologies (voitures électriques, panneaux solaires…) sont encore assez peu répandus d’après les études faites sur les DCE, et pourtant, les questionnaires indiquent que ces technologies sont utilisées : il existe toujours un décalage entre les faits et les déclarations.

 

DES PISTES POUR AVANCER

Trois grands axes doivent être développés : l’information, la communication et la motivation.
L’information est primordiale, elle peut à elle seule faire tomber les réticences et les obstacles perçus mais non réels. C’est pourquoi l’étude préconise la mise en place de réseaux européens et nationaux d’information à l’usage des acheteurs.
La communication est également centrale : alors que 67% des répondants affirment placer les considérations environnementales dans leurs achats, l’étude des DCE montre que cela n’est le cas que dans 37% des cas. Les plans d’action nationaux doivent explorer plusieurs canaux de communication pour atteindre l’ensemble des acheteurs (pas seulement Internet, mais aussi la communication interne…).
Mais la mise en place de tous ces outils ne peut se faire sans un soutien fort à deux niveaux : une stratégie nationale doublée d’une réelle volonté de l’encadrement au niveau de chaque structure.